Samedi 21 fevrier – San Juan La Laguna

Un de ces bus magnifiques que Panpan aime tant nous transporte de Quetzaltenango jusqu au petit village de San Pedro par une route vertigineuse qui descend dans le bassin du Lac Atitlan. Le village somnole sur la pente du volcan San Pedro et a aujourd hui les pieds dans l eau du fait de la montee des eaux du lac depuis 2007.

Pour nous eloigner de la foule de touristes, etudiants en espagnol, hippies de toutes epoques et baroudeurs en tout genre qui se prelassent sur les berges du lac, nous decidons de passer la journee de samedi dans le petit village de San Juan, a 10 min en bateau, connu pour l identite de ses habitants, assumee et revendiquee, d indiens maya Tzutujil. Leur communaute semble fortement soudee selon notre guide Lonely et a cree des associations afin de mieux gerer le tourisme dans leur village.

Une lancha nous emmene au fil de l eau jusqu au ponton de San Juan, porte d entree dans le village. Une ruelle tres escarpee, bordee d echoppes d artisanat ou souvent des personnes travaillent a la vue de tous, prouvant que la fabrication est locale, monte vers le centre ville. Des femmes tissent des chales ou des couvertures colorees alors que des peintres nous presentent leur travail, en temoigne une peinture extraordinaire d un epis de mais a 4 couleurs.

Nous avancons nonchalament jusqu au centre du village et arrivons sur le parvis de l eglise ou une agitation regne, signe indubitable qu il se passe quelque chose de particulier aujourd hui. Les nombreuses personnes presentes a l exterieur sont drapees de vetements traditionnels et semblent s etre mis sur leur 31. Une foule importante est attroupee a l entree de l eglise, un batiment massif aux murs de pierres taillees et dont la facade principale se dedouble, comme si l on avait construit une nouvelle eglise dans l ancienne. Nous nous hissons sur la pointe des pieds pour voir l interieur et un homme nous explique que c est en effet l inauguration de la nouvelle eglise et que nous assistons la a la toute premiere messe qui se deroule en plus durant les festivites d avant Paques. Quelle chance pour nous d etre tombes ce jour la !!
L interieur de l eglise est relativement sobre, le plafond en deux etages est pentu et non pas en voute, comme semblent l etre beaucoup d eglises d Amerique Centrale.

A l exterieur un immense auvent bourdonne de preparatifs, des chaises en grand nombre sont installees sous des voiles faisant de l ombre et les vendeurs de glace sont dans les starting bloc. Nous decidons de visiter le reste du village le temps que la messe se termine afin de revenir sur le parvis de l eglise pour trouver quelque chose a se mettre sous la dent. Les petites ruelles sont bordees de maisons colorees, quelques jardins sont joliment fleuris, un passant au loin, tout semble desert. Le village au complet doit etre a l eglise.

De retour sur le parvis, la foule occupe maintenant la place, un orchestre donne dans un repertoire traditionnel, les sourires et les beaux costumes sont de sortie, les enfants se courrent apres, pas de touriste a l horizon. Heureux d etre simplement au milieu de cette agitation de visages locaux, nous restons la, debouts, non loin de l orchestre. La foule fait la queue pour manger un plat typique distribue a tout le monde. A ce moment et sans que l on s y attende le moins du monde, deux jeunes demoiselles nous apportent des assiettes de “Caldo de Res” (bouillon de legumes avec de la viande), deux sacs plein de “tamalitos” (une preparation a base de farine de mais cuite a la vapeur dans une feuille de bananier), nous laissant ainsi penser que nous sommes les bienvenus. Nous nous installons parmi la population sur les marches de l eglise pour deguster notre repas. Trois mamies d un age certainement tres avance sont assises cote a cote et recoivent ceremonieusement les salutations des gens qui ne se genent pas pour les photographier. Les femmes preparent des bassines gigantesques d une pate epaisse, les enfants mangent des glaces, on nous offre un sac plastique rempli d un liquide  blanc transparent, type lait d avoine, c est la fete ! Et pas de fete sans glace ni pop corn pour nous aussi, alors Panpan deculpabilise, craque et achete de tout… 🙂 Des hommes montent une scene, probablement pour un concert qui aura lieu ce soir et d autres font exploser des petards et des feux d artifice enormes.

Un peu plus tard, la tension semble remonter apres une acalmie ayant laisse le temps a chacun de reprendre des forces. Les statues des Saints, de la Vierge Marie et du Christ sont portes devant l eglise avec leur piedestal recouvert de fleur. La population regroupee autour des statues semble se preparer a un evenement important de la journee et des recipients remplis d encens ou de branches odorantes sont promenes a travers la foule, enfumee. Soudain au son de la musique la procession demarre et se lance dans une grande tournee du village. Nous nous installons au coin d une rue que la procession prendra plus tard. Nous assistons alors a quelque chose d etonnant : le gens repandent des aiguilles de pin pour faire un tapis pour la procession et disposent des fleurs et des ballons. A l arrivee de la procession, l excitation est a son comble, des rangees de petards et d enormes feux d artifices explosent avant que les saints de la ville ne passent devant nous. Un instant le brouillard cree par les petards et l agitation des gamins nous laissent imaginer une scene de revolution. En quelques instants la procession retourne devant l eglise ou elle s engouffre par les portes ouvertes. On nous offre alors, comme a tous les participants, un verre de ce que nous prenons a tort pour l “Atole de Lotte”, une boisson sucree traditionnelle que nous cherchons depuis quelques jours, mais qui s averera en fait un “gruau gluand assez immonde” (cf Panpan) et en fait pas du tout ce que nous cherchions… 🙂

Ravis de cette journee magnifique et inattendue nous retournons en lancha jusqu a San Pedro en nous demandant ce que nous reserve pour les jours a venir cette belle region du lac Atitlan.