Mercredi 04 au jeudi 05 mars – Todos Santos Cuchumatan

Le bus demarre dans un ronflement enorme et sa masse d acier se met en mouvement, signe que nous quittons definitivement ces belles montagnes du triangle Ixil.

Apres 4h passees dans 3 bus differents du fait des changements dans les villes carrefours, nous voila dans le dernier du trio, passant un col a plus de 3000m d altitude dans un paysage de montagne d une aridite spectaculaire. Les maisons, terrassees par un soleil d altitude ecrasant semblent se recroqueviller sur elles memes, essayant de refermer leur toiture comme une coquille. La terre est brulee et la secheresse est evidente et probablement due a la saison. Les pluies arriveront ce printemps.

Ici, le vent est sec et cassant comme si le paysage etait en verre. Malgre l altitude, une foret eparse de pins piquette les versants et des varietes de cactus rendent au paysage son identite centre-americaine. Le bus souleve une poussiere jaune qui voile les scenes de vie de bord de route, une femme lave du linge courbee sur son bassin, des enfants jouent avec un petit chien, des hommes en pantalons et chemises traditionnelles travaillent dans un champ, une vieille dame regarde le temps qui passe.

Nous arrivons 1h plus tard, a l issue d une formidable descente dans une vallee perdant progressivement cette secheresse visuelle pour etre plus luxuriante alors que nous descendons, dans la petite ville de Todos Santos. Ici, outre les habits traditionnels arbores par toutes les generations, le plus marquant est le sourire accroche sur les visages. Nous sommes au coeur de la population des mayas Mam et nous voyons la difference, comme un sourire au milieu de la figure… 🙂

Les gens sont naturellement gentils, pas de subterfuge ou d arriere pensee, pas de durete de visage et de tentative de vente a des prix deraisonnables. Les relations humaines sont apaisees, les gens rient entre eux, s interpellent avec joie et se parlent librement, comme cet homme a l odeur chevaline, qui vient nous taper la causette en souriant, juste interesse par notre histoire. Son pantalon traditionnel est rouge-bordeau raye verticalement de bandes blanches, sa chemise blanche est rayee verticalement de bandes sombres ou bleues et il arbore un petit chapeau blanc, cercle d une bande bleue. Les femmes ont pour habits traditionnels les robes deja observees dans les autres territoires mayas. Mais ici il y a un tresor supplementaire, les sourires…

Ce jeudi nous decidons de remonter en bus jusqu au col passe la veille ou nous nous arretons dans le petit village de La Ventosa. Nous entreprenons l ascension de La Torre, 3828m, le plus haut sommet non volcanique d amerique centrale. Le paysage aride traverse la veille n est pas loin mais notre ascension se fait dans une foret de pins. Le soleil brille ce matin, la couche de nuages ecrase les plaines et ne s est pas encore levee jusqu ici. En un peu plus d une heure, nous atteignons le sommet, ou plutot le point culminant de cet altiplano, un plateau calcaire vallonne a plus de 3600m d altitude. Le paysage s etend au sud vers les volcans, probablement le Tajamulco et nous imginons que cette pointe plus au sud-est pourrait etre le Santa Maria sur lequel nous sommes montes il y a quelques jours. Nous profitons un moment du sommet et nous entreprenons la redescente jusqu au village. Un jeune homme quitte son travail, brouette en main, pour nous interpeller et discuter avec nous un moment. Il est question de la pauvrete des populations de montagne au Guatemala, des difficultes incroyables que ces jeunes rencontrent quand ils sont tentes par des passeurs d aller travailler au Etats Unis, mais certains reussisent et reviennent avec un pecule suffisant pour construire une belle maison. Il est aussi question de venir trouver du travail en France ou en Espagne ou n importe ou en Europe pour revenir avec ce petit pecule. Nous sommes desoles de lui dire que chez nous non plus il n y a plus beaucoup de travail et que le sort des travailleurs immigres plus ou moins legaux n est pas enviable ! Ce qui restera agreable dans cet echange, ce sera la dignite de cet homme, reflichissant avec nous a differentes options pour relever son niveau de vie, sans jamais s apitoyer ou se morfondre sur son sort et sans jamais nous lancer au visage notre chance “apparente” de touristes.

Nous redescendons ensuite profiter de l ambiance apaisante de Todos Santos. Nous sommes vraiment heureux d avoir pu passer nos derniers instants au Guatemala dans cette population des mayas Mam, aussi decontractes et sympas, comme d avoir pu gravir le sommet de La Torre, car demain nous prenons la route du Mexique, quittant ainsi le Guatemala.