De Kashgar aux dunes de Shanshan

(Enfin nous pouvons reprendre nos articles, un cybercafe de la ville de Kaili, dans le sud de la Chine, nous a exceptionnellement accepte ! Youpi. Alors attention au deferlement car nous avons plus d un mois a vous faire partager…)

Du mercredi 04 au mercredi 11 novembre – de Kashgar a Shanshan
Distance : 1389km  /  Denivele : 14034m

Gare de Kachgar, a 10km du centre ville.
Nous quittons cette ville mythique par voie ferree et pourtant la route de la soie se poursuit pour nous, car le train doit nous emmener quelques centaines de kilometres plus a l est, au nord-est de l immense desert du Taklamakan. Trop hostile, trop froid, trop aride, trop immense et desole pour nos montures et nous.
Nous allons droit au secteur des bagages encombrants a notre arrivee a la gare car les velos ne peuvent pas prendre le train comme un bagage normal. Chaleureusement accueillis, on nous emballe les bagages, on etiquette les velos et on nous demande une grosse somme de Yuans, mais les velos et les bagages seront au moins dans le meme train que nous, en wagon marchandise.
La gare de Kashgar est comme un hall d aeroport, les controles de securite se succedent, fouilles des sacs qui restent avec nous, controle de notre identite plusieurs fois.

Nous habiterons le wagon 13 durant 22h de trajet, c est la derniere classe, avec petit prix, du coup petite place sur une petite banquette dure, petit confort. Un savant melange de populations, chinoise, ouigoure, ethnique, des familles, des ouvriers, tous entasses avec des quantites de bagages invraissemblables. Quand on ne veut pas payer les bagages en marchandises, on les mene avec soi dans le wagon et on tasse, on tasse encore. Il y a des gens partout, sur les sacs, sous les sacs, les gens s allongent sous les banquettes, dorment accroupis dans les travees, des gens dorment et fument sans s arreter a l entree, entre deux wagons. Les gens, sans distinction de sexe, crachent par terre en se raclant la gorge a grands renforts de bruit (pourtant on vous regarde d un air suspicieux quand vous vous mouchez !!) et les bebes et tous petits, equipes de pantalons directement troues a l entrejambe, urinent et font des petits cacas directement sur le sol, entre les banquettes… Le brouhaha, les discussions et les cris ne s arreteront pas jusqu a l arrivee, pas de sommeil, pas de repit durant 22h de temps, le trajet fut long et douloureux. 🙂 D autant que le paysage par la fenetre est monotone, desertique, couvert de nuages, soupoudre de neige par endroit, des villes semblent inhabitees ou en chantier.

Quand nous arrivons a Dayehan le jeudi 5 novembre, il neige un gresil tranchant. Une foule epaisse a la sortie de la gare s egaye de voir un equipage aussi atypique que nos bouilles fatiguees et malpropres montant des velos surcharges. La Mome (remorque atelee a Tornado) fait toujours sensation. Nous posons un bivouac pres du lit desert et asseche d une riviere ayant creuse un paysage d une extreme aridite. De pierres et de roches, sans horizon, il fait froid.

Vendredi, apres 12h de sommeil confortable, nous nous lancons a travers ce nouveau paysage desole, gris et humide ce matin. Cette route tres secondaire que nous avons decide de suivre jusqu a Turpan est tres peu passagere, nous avons une grande impression de solitude. Les kilometres defilent, des champs de panneaux solaires apparaissent puis des forages de petrole par dizaines. Les foreuses, rouges ou jaunes semblent etre comme des jouets de geants oublies, n ayant pas epuise leurs piles. Puis nous entamons une descente vers la depression de Turpan, qui se trouve au plus bas a 150m en dessous du niveau de la mer. Nous filons dans la vallee du raisin ou de jolis petits villages s accrochent a cette entaille geologique qui coule vers la ville de Turpan, ou nous arrivons dans l apres midi. Nous sommes a -80m sous le niveau des eaux. Pourtant la meme ambiance que dans toutes les villes d Asie, des scooters filent a toute vitesse, la circulation est dense et klaxonnante, des builidings partout. Nous filons vers la cite antique de Jiahoe a la sortie de la ville ou nous posons un agreable bivouac. Il fait un peu moins froid sous le niveau des mers :).

Nous visitons le samedi 7 novembre la cite antique de Jiahoe, egalement appelee Yar city qui possedait il y a 1600 ans, sous la dynastie Han, pas moins de 6500 habitants. C est une des cites de cette ampleur les mieux preservees au monde. Et en effet les vestiges etonnent par leur dimension, leur organisation, la strategie de leur emplacement en haut de hautes falaises imprenables et laissent a imaginer comme la vie a du etre florissante dans cette cite. En tout cas les lieux sont deserts au moment de notre visite et c est tres agreable !

De retour dans la ville de Turpan, nous logeons dans un hotel a l architecture etonnante qui sera un lieu de repos confortable pour Lulu, qui nous traine une grippe anginesque depuis les 4500m kirghises. Un petit tour a l hopital ou le medecin recoit a l indienne, une dizaine de patients se tassent dans son micro cabinet et tout le monde s interresse a tout le monde. Hum, que du bonheur. Lulu n est meme pas oscultee, on l envoie faire une prise de sang trois couloirs plus loin. Puis trimbalee de guichets en guichets, retour devant le medecin, qui un coup d oeil au bilan sanguin, ecrit trois bricoles sur un papier. Guichet de la pharmacie de l hopital, quelques boites a prendre sur plusieurs jours. Surprenante medecine chinoise !!
Nous visitons aussi le musee de Turpan, vraiment top ! Un gros budget derriere des outils didactiques de grande qualite ou se developpe l histoire locale des tres anciennes souches de populations ayant habite le bassin fertile de Turpan, de tres vieilles momies ont ete excavees de leurs cimetieres et sont presentes intactes, sous verre. On trouve egalement l histoire passionnante de la route de la soie et une salle consacree aux dinosaures et une reconstitution du squelette du plus gros mammifere terrestre ayant existe il y a 24 millions d annees, un rhinoceros gigantesque, 9m de long par 5m de haut.

Nous restons jusqu au lundi 9 novembre dans la ville, trouvons un super magasin de velo pour quelques achats reparations. China Mobile ne voudra jamais nous donner de carte SIM. Nous avons besoin de cash pour la suite, Panpan glisse sa CB dans le distributeur (pour la 1ere fois du voyage) et glurp, le distributeur se met en default et ne marche plus…. Grgrgrgr. La banque ouvre dans 2h30. Bricolage des velos puis retour a la banque ou le gars, sympa, ouvre la boiboite et donne sa carte a Panpan. Ouf !

Mardi 10 novembre, nous reprenons la route, Lulu est en pleine forme. Nous traversons pleins de petits villages dans un paysage agricole et fertile, car la depression de Turpan recoit les eaux de tout le bassin versant environnant ; la brume s accroche aux montagnes environnantes. Des champs de coton, des vignes et des serres de maraichage avec des panneaux vantant les bienfaits de produits chimiques, on espere ne pas avoir trop de ces legumes dans nos futures assiettes… On croise des femmes faisant la lessive accroupies ou simplement assisses sur deux briques.

Mercredi 11 novembre, au petit matin, des paysans intrigues passent voir notre bivouac de plus pres et empeche Lulu de faire son pipi d avant depart. Pourtant nous pedalons bien, le paysage evolue et l exitation de Panpan commence a monter car il semblerait que nous nous rapprochions d un immense desert de sable et la promesse faite a Lulu qu elle serait dans le desert a dos de chameau pour ses 30 ans (le lendemain 12 novembre) le taraude. Lulu elle, se promene tranquillement dans ses 30 ans de souvenirs et en fait le bilan alors que le vent souffle tres fort de face ce matin. Le paysage se creuse de versants erodes a notre gauche et d immenses collines douces sur notre droite. Nous approchons encore un peu de ce relief qui s avere etre d immenses dunes de sable. Paysage stupefiant, irreel, le desert de Kumtag est la sous nos yeux. Nous poussons jusqu a la ville de Shanshan, la ville du monde la plus proche d un desert de sable. La zone est en fait un Parc national sous protection du gouvernement, il ne nous sera pas possible d y bivouaquer ce soir. Panpan ne se laisse pas abattre, il avait promis a Lulu qu elle dormirai et se reveillerai dans les dunes le matin de ses trente ans, il n allait pas renoncer si pres du but ! Nous essayons, nous filoutons, nous broussaillons et finalement apres passage de ravin, remontee de cotes et poussage interminable de velos dans le sable, nous arrivons a passer par une breche dans la barriere et nous voila dans les dunes… Nous poussons sur une piste pavee au milieu de l erg, immense. Nous jubilons, nous y sommes arrives ! Youpi. Puis un 4×4 de la police arrive a toute vitesse alors que nous nous planquions entre deux dunes et s arrete en trombe pres de nous. Les gardes nous invitent, presque courtoisement, a repartir et sans plus de formalites, ils repartent. Ouf ! Seance photos puis nous nous rapprochons de la faille dans la barriere et installons quand meme notre bivouac sur le sable!

Pari reussi ! Lulu va dormir et se reveiller pour ses 30 ans dans les dunes de sable !!!
Reste a trouver des chameaux pour demain…