Jeudi 19 fevrier – Volcan Santa Maria (3772m)

Nous sommes cruellement en manque de randonnee depuis quelques temps, car depuis la Voie lycienne en Turquie, rien.
C est un fait.
Et nous sommes maintenant entoures de volcans depassant 3000m d altitude. Nous allons pouvoir trouver une solution… 🙂

Nous arpentons donc depuis notre arrivee ce mercredi a Quetzaltenango les agences de trekking et leurs propositions. Au detour d une ruelle, nous trouvons une petite echoppe de couture ou un jeune homme pose le metre qu il portait autour du coup et passe derriere le bureau de son agence de randonnee (et oui il faut etre pluriactif de nos jours). Nous sympathisons, il nous plait bien avec son regard franc, son sourire et ses explications… et ses tarifs attractifs. Nous sommes alors tres interresses par l ascension de nuit du Tajamulco 4220m, le plus haut volcan et point culminant d Amerique Centrale. Mais nous ne reservons pas, il y a une derniere agence que nous souhaitons voir. Apres cette derniere entrevue, retour a l agence d Angel, le jeune couturier. Son pere, couturier lui aussi, nous accueille et nous informe que son fils, actuellement absent, a des exams a l universite le lendemain soir. Et mince ! Nous avons vu sur le net que le seul creneau meteo est pour demain, apres il y a de la pluie. A ce moment un francais debarque dans l agence, lui aussi a la recherche d un trek pour le lendemain. Ni une ni deux nous decidons de partir tous les trois le lendemain matin a 5h pour l ascension du Santa Maria 3772m, un volcan qui surplombe la ville et qui donne un point de vue magnifique sur le Santiaguito, un petit jeune dans la famille des cracheurs de lave et de cendre, un des volcans les plus actifs du monde, une eruption toutes les 45 minutes. Ok, c est bon pour nous, quelques billets de banque, une signature, rendez vous demain matin a 5h.

A 5h, encore passablement endormis, nous montons dans la voiture du papa d Angel, une vieille berline en piteux etat. La nuit cache quelques fois ce qu il ne vaut mieux pas voir… Nous cahotons 20 minutes pour arriver en bout de piste au point de depart de la randonnee. Notre compagnon d ascension est Florian, un professeur des ecoles dans un petit quartier de Cayenne, la capitale de  la Guyane francaise. Nous attaquons d un bon pas depuis le village de Llinas del Pin a 2300m d altitude, il faut encore un peu frais et un plafond de nuages gris s etale sur nos tetes. Au fil des minutes, le jour se leve, nous sommes dans une foret de grands coniferes avec quelques feuillus et  nous hallucinons sur la quantite de dechets balances le long du chemin.
L homme ne cesse de detruire son environnement de vie, cette nature grandiose qui pourrait bien decider de ne plus etre si nourriciere dans les temps a venir.

Quelques oiseux s egayent a notre passage, pas d autres signes de vie. La pente devient de plus en plus prononcee alors que nous attaquons le versant du volcan. Nous rejoignons alors l altitude du plafond de nuages et quelques gouttes de pluie s eparpillent entre nous, on se demande alors si le mauvais temps a pris de l avance, ce qui enleverait pas mal de plaisir a ce que nous faisons la. Nous grimpons encore sur une pente raide, toujours forestiere, d une etonnante regularite, les volcans ayant peu de ressauts dans leur relief. Le soleil commence a percer, les nuages se dechiquetent progressivement et joyeux de ce retournement positif de situation, nous sortons au dessus d une mer de nuages qui recouvre l integralite du paysage, excepte les sommets des volcans alentours. Les sourires prennent de l altitude alors que nous approchons de la cime, la foret recouvrant toujours le paysage. Vers 3600, plus d arbres, Angel nous annonce que le belvedere du Santiaguito est sur le versant oppose et a peine a t il prononce le nom du petit volcan qu un grondement sourd et puissant empli l air limpide, une eruption vient juste d avoir lieu. Nous assistons seulement a la montee du nuage de gaz et de poussieres, appele aussi nuee ardente. Nous profitons d un panorama grandiose alors que la couche de nuages continue de se disloquer et nous nous installons, un peu cuits, sur le belvedere du Santiaguito pour grignoter et boire un coup.
C est que nous venons de gravir 1500m de denivele en 2h45.

En fait la derniere eruption du Santa Maria a eu lieu en 1902, extremement violente, elle a cree une caldeira (un effondrement) d une partie de son cone ou s est deplacee son activite volcanique, ce qui a cree le cratere du Santiaguito, actif depuis 1922. Le Santiaguito est accompagne de 3 petits freres de sa taille qui semblent eteints et qui pourtant accueillent les quelques trekkeurs intrépides ou fous (dont nous aurions pu faire partie !) qui passent la nuit sur place. Nous patientons environ 2h sur le sommet avant d assister a deux eruptions consecutives. Aucune lave visible, seulement des nuees ardentes qui s elevent jusqu a notre hauteur et s etalent dans la couche d air.

Nous sentons le coeur de “Terre Mere” battre, comme une oreille sur la poitrine de Gaya, nous nous emerveillons de cette nature sauvage, qui n a que faire de nous. Nous touchons la aux origines du monde et ce paysage prehistorique est saisissant.

Rejouis de ces moments inoubliables, nous redescendons en 2 heures jusqu a notre point de depart, un petit village poussiereux et desertique, un bus bringuebalant et encombre qui nous rejette dans Quetzaltenango, la deuxieme ville du pays, 200 000 habitants.

C est la que l on se demande s il ne vaudrait pas mieux remonter…